Ce texte est construit en courts chapitres, où le narrateur, Cohen, relate ses souvenirs de sa mère. Tantôt drôle, tantôt pathétique, il dresse le portrait d'une relation filiale faite d'amour et d'exclusivité.

Sa plume est magnifique. Toute en retenue elle nous entraîne pourtant au cœur de son rapport avec sa mère. Du père il n'est presque pas question. Non, ici tout est fait pour décrire sa tendre maman, trop tôt disparue pour le cœur d'un homme qui voit, avec ce décès, la disparition de son enfance.
Plus jamais écrit-il, il ne sera l'enfant de quelqu'un. Orphelin jusqu'à la fin de ses jours...



Cet hommage est aussi empli de regrets. Regrets d'avoir cédé à ce qu'il nomme le "péché de vie". A plusieurs reprises et alors même que sa mère lui rendait visite à Genève, il l'a délaissée pour retrouver son amante ou quelques amis. Et pour cela il s'en veut et se considère comme un ingrat. Comment a-t-il pu lui en vouloir, un soir qu'il rentrait trop tard, d'appeler l'amie, une comtesse quelconque, chez qui il restait pour s'assurer que lui, son fils chéri, sa raison d'être, était bien là, en bonne santé ?
Péché de vie que de ne pas se morfondre le jour de son départ mais plutôt d'aller enlacer sa dernière conquête.
Pêché de vie, et de jeunesse...







Ce livre est une merveille, d'une tristesse infinie.
Entraînant le lecteur dans ses souvenirs et dans sa douleur, il lance, comme un appel, à tous les fils de ces femmes, le conseil de les aimer, de les chérir et de ne pas les rabrouer. Elles qui, une fois parties laissent un vide immense et irremplaçable.

Ce livre questionne aussi, sur la nature d'une relation filiale sans doute trop fusionnelle et sur le sentiment de joie mêlé de tristesse que peut ressentir l'enfant lorsqu'il quitte le domicile familial, abandonnant père et mère, tout en se demandant : "suis-je ingrat de vivre ma vie ? "