J'ai débuté ce mois de Novembre par L'attentat de Yasmina Khadra (disponible chez Julliard en grand format et chez Pocket en poche). Vous me direz que les temps se prêtent à la lecture de ce court roman écrit en 2005. Amine est un arabe naturalisé israélien et un chirurgien réputé. Un soir, toute l'équipe de l'hôpital est réquisitionnée pour prendre en charge les blessés d'un attentat. Amine soigne, recoud, rassure jusqu'à l'épuisement puis rentre chez lui. Un appel le sort de son sommeil. Son ami, commissaire de police, lui demande de se rendre sur les lieux de l'attentat rapidement. Intrigué, Amine s'y rend et découvre l'horreur : sa femme, palestinienne comme lui, est le kamikaze responsable de cette tuerie. Amine s'insurge, dément, crie son désespoir, puis cherche à comprendre et cette quête le mènera loin de sa vie de riche médecin, le ramènera à ses propres racines et l'entraînera dans un cycle de violence et de morts qu'il n'envisageait pas. Ce roman est une pure merveille d'écriture de la douleur d'un homme qui tente par tous les moyens de comprendre le pire !

Dans un autre style, vous pouvez dévorer deux romans "policier" comme seuls Jean-Bernard Pouy et Franz Bartelt savent en écrire, le premier avec La Clef des mensonges, paru en 2009 en poche chez Folio Policier, et le second avec Le Jardin du Bossu (paru en 2006 en Folio Policier) dont nous avons déjà parlé dans un article précédent.

Jean-Bernard Pouy met en scène deux personnages qui sont liés l'un à l'autre d'abord par une paire de menottes ensuite par une petite clef. Pierre est gendarme, proche de la retraite. Sa dernière mission est d'accompagner, en train jusqu'à Bordeaux, Alix qui est suspectée dans une sombre affaire politique. Mais voilà que rien ne se passe comme prévu et que le train est attaqué par une bande de malfrats qui, visiblement, ne tient pas à ce qu'Alix arrive en vie. Commence alors une course poursuite entre toutes les forces de gendarmerie réquisitionnées pour les retrouver  et un vieux gendarme qui décide de quitter cet uniforme bien encombrant et réducteur pour secourir la jeune femme désemparée qui lui tient lieu de complice. Le suspens est à son comble, l'écriture formidable, on rit malgré tout et, comme d'habitude, Jean-Bernard Pouy a l'art de nous laisser, à la fin, avec plus de questions que de réponses.

Franz Bartelt quant à lui imagine l'histoire de deux hommes qui se rencontrent par hasard ou disons plutôt que l'un a suivi l'autre pour lui soustraire son argent et que le plus malin des deux ne fut pas celui que l'on pensait. Ces deux hommes donc, se retrouvent face à face, le premier prisonnier du second. La consigne est simple : il ne peut pas sortir de la maison et fera tous les jours le ménage, à commencer par enfouir son prédécesseur dans la cave à côté de la dizaine d'autres enterrés là. Une drôle d'ambiance s'installe alors, le prisonnier, "basé sur l'idée de gauche", ne se plaignant qu'à moitié de sa détention et l'autre, le bourreau, homme affable et cultivé, donnant l'illusion que la situation est des plus normales. Mais le roman révèle encore bien des surprises et la fin est vraiment étonnante !!

En changeant totalement de registre, je vous conseille la lecture, beaucoup plus légère, de Gigi, de Colette. Une très courte nouvelle et une belle histoire d'amour entre Gigi, jeune fille insouciante, vivant avec sa grand-mère très à cheval sur les bonnes manières et sa mère, chanteuse de cabaret, et Gaston Lachaille, riche héritier d'une famille ayant bâti sa fortune sur l'exploitation du sucre. Destinée à devenir une cocotte de luxe, Gigi, effrontée, refuse de suivre la voie que lui ont tracée sa grand-mère et sa tante, deux mondaines en mal de reconnaissances. Une histoire drôle, qui, et il faut le noter, se termine bien et qui prouve le grand art de Colette. (Vous trouverez ce roman, publié en 1942, en Livre De Poche).

Enfin, pour retomber en enfance, vous pouvez lire (ou donner à lire à vos enfants) Lettres de l'intérieur de John Marsden publié en 1998 à l'Ecole des Loisirs. C'est un roman épistolaire entre Mandy et Tracey, deux adolescentes américaines, la première ayant répondu à l'annonce de la seconde qui cherchait une correspondante pour parler de la vie de tous les jours. Mandy vit à Acacia Park, va au lycée, veut tomber amoureuse, a des amis et une famille où les parents sont très occupés par leur travail et où le frère aîné ne parle que d'armes et de mort violente mais sinon elle est une adolescente "basique". Tracey quant à elle vit à Prescott, au lycée également, elle fait des photos de mannequinat, a un petit ami tendre et fou amoureux et vit dans une famille riche à souhait. Mais, face aux contradictions de Tracey et à ses silences pesants, Mandy comprend que la vérité n'est pas telle qu'elle l'a décrite. En fait Tracey est détenue dans un centre pour jeunes femmes mineures. La raison de son enfermement reste inconnue. Après lui avoir révélé la vérité, Tracey  s'éloigne et arrête d'écrire. Mandy, bien qu'effrayée par une telle amitié, s'accroche et tente de redonner de l'espoir à Tracey qui, par ses lettres, voulait simplement vivre une vie normale par procuration. Et puis les rôles s'inversent...

John Marsden écrit là un roman fort, avec des personnages trop sérieux pour leur jeune âge, forcés par la vie de prendre des responsabilités et des décisions qu'ils n'auraient pas à prendre. Il nous montre que la vie "normale" n'est qu'une chimère et que chacun a à gérer un lot de problèmes. Ses deux adolescentes nous font comprendre qu'après tout rien n'est assuré et rien n'est jamais comme il le devrait.

Voilà donc cinq romans que je vous conseille vivement à la fois pour l'incroyable talent de chacun de ces écrivains et pour les leçons que leurs textes nous apportent !