Alors en quoi ce manga mérite-t-il la qualificatif de "différent" par rapport à la pléthore de ces bandes-dessinées japonaises qui sont devenues très rapidement une véritable source de profits pour les éditeurs comme Glénat ? Tout simplement son sujet.

Nous sommes au Japon, à une époque pas vraiment déterminée, on suppose - on espère - quelques années dans le futur. Dans ce Japon, une loi a été promulguée, la loi d'amélioration des médias qui vise à "protéger" les lecteurs de certaines œuvres jugées néfastes à leur développement. Le gouvernement fait ainsi disparaître tout livre qu'il juge mauvais et ferme régulièrement des librairies. Les seuls à résister sont les bibliothécaires qui se sont regroupés et ont créé un corps d'agents chargé de défendre ces œuvres.

Iku Kasahara, la jeune fille en question, a assisté à la fermeture d'une librairie étant enfant. Alors qu'elle cherchait à acquérir un livre, des policiers le lui ont violemment retiré des mains prétextant la nocivité de l'ouvrage. C'est alors qu'est arrivé un jeune homme, dont Kasahara n'a pu voir le visage, pour la protéger et lui rendre son livre. Depuis ce moment, elle ne rêve que d'intégrer le corps d'élite défendant les bibliothèques pour, à son tour, protéger les œuvres et, accessoirement, retrouver son amour perdu. Mais lorsqu'elle devient aspirante dans les forces d'interventions, elle se heurte à Dojo, son instructeur, et accessoirement, le beau jeune homme structural mentionné plus haut.
Tous les deux entretiennent dès lors une relation allant de la haine à la tendresse...

Si l'histoire d'amour naissante et le soupçon implicite faisant de Dojo l'amoureux-mystère de Kasahara, n'ont pas grand intérêt, même s'ils ne dérangent pas non plus !, ce manga est vraiment intéressant. Ainsi l'idée de ce groupe d'élite, à la limite entre le libraire et le militaire, est très bien rendue. Les personnages sont bien construits, notamment Dojo et Kasahara, même s'ils sont évidemment un peu caricaturaux.

Dans cette société où la censure, sous couvert de bienséance et à la limite de l'absurde, existe, les livres deviennent des objets centraux nécessitant une protection constante. Les scènes de bataille entre l'armée officielle et les bibliothèques rythment le manga tout autant que les moments de réflexion sur la situation.
Une scène est ainsi mémorable : alors que se tient un colloque pour dénoncer les quelques œuvres restantes comme étant dangereuses pour les enfants, deux jeunes garçons décident de manifester leur mécontentement en faisant exploser des pétards. Rattrapés par Kasahara, ils deviennent rapidement ses protégés, et, avec son aide, participent au colloque suivant. Là, ils décident de défendre leur point de vue en balançant chiffres et sondages démontrant que le retour des livres est demandé par la population. Ils concluent en disant : "rendez-nous notre BD préférée... c'est trop cool".


Sans vouloir faire de comparaison peut-être un peu hâtive, on retrouve en fait dans ce manga comme des faux-airs de Fahrenheit 451, roman de Ray Bradbury paru en 1953 et adapté par François Truffaut en 1966, et degré de chaleur auquel brûlent les livres.

Tirés d'un roman vendu, au Japon, à près de 2 millions d'exemplaires, les trois premiers tomes de Library Wars, parus chez Glénat, ont rencontré un véritable succès.